Pietà Rondanini (1564),
par Michel-Ange.
Castello Sforzesco, Milan.
Pietà Rondanini (1564), de Michel-Ange.
Castello Sforzesco, Milan. Photographie : Julius Barclay — œuvre personnelle.
J'ai longtemps été saisi par le génie protéiforme de Michel-Ange, cherchant inlassablement à comprendre comment un seul esprit a pu atteindre l'excellence dans tant de disciplines — du dessin à la sculpture, de la peinture à l'architecture, jusqu'à la poésie et la gestion avisée de ses affaires. Au-delà de l'étude académique des conférences de William Wallace, des expositions de Carmen Bambach ou des récits biographiques d'Irving Stone, j'ai eu le privilège de confronter physiquement mon regard à l'ensemble de son œuvre.
Dans ma recherche d'un précédent sculptural pour The Refugee (La Réfugiée) — et guidé par le prénom de ma grand-mère maternelle, Maria, elle-même réfugiée de Smyrne — je me suis naturellement tourné vers les trois Pietàs sculptées par Il Divino sur six décennies : la Pietà de Saint-Pierre (1498–1499) à Rome ; la Pietà Bandini (1547–1555) à Florence ; et la Pietà Rondanini (1552–1564) à Milan. Si chacune a nourri la conception de mon œuvre, je distinguerai ici la Rondanini comme influence majeure.
La Pietà Rondanini, entamée avant même l'achèvement de la Déposition florentine, témoigne du combat ultime de l'artiste avec la matière. Dans ses derniers jours, Michel-Ange a taillé le bloc de marbre avec une telle ferveur que seul le bras droit du Christ subsiste de la conception originale. Les figures allongées de la Vierge et du Christ marquent une rupture radicale avec l'idéalisme de sa jeunesse.
Ce caractère inachevé — le non finito — s'aligne avec l'évolution tardive du maître, s'éloignant du naturalisme humaniste pour embrasser un néoplatonisme mystique. Dans cette vision, la sculpture est conçue comme latente dans le marbre, ne nécessitant que le retrait du superflu. Ce faisant, Michel-Ange semble avoir dépouillé ses symboles humains de leur corporéité pour tenter de transmettre, sans médiation, une idée purement spirituelle.
Au-delà de l'expression de la Vierge Marie, j'ai été fasciné par la texture brute que Michel-Ange a laissée sur la totalité de la surface. A-t-il laissé l'œuvre en l'état par manque de temps, ou était-ce une décision esthétique délibérée ? Il a été suggéré que la sculpture ne doit pas être considérée comme inachevée, mais comme une œuvre dans un processus continu de "révélation", rendue visible par le spectateur à mesure qu'il se déplace autour d'elle.¹⁰
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¹⁰ Contributeurs de Wikipédia. Rondanini Pietà. In Wikipedia, The Free Encyclopedia. Consulté le 17 octobre 2024.